Inspectés à tout « bout de champs », ils ont le sentiment d’être devenus une profession sous haute surveillance, dont on doute à priori de la bonne foi ! L’opinion publique de son côté voit un pollueur derrière chaque agriculteur. Tandis que la grande distribution qui impose des prix bas et donc une productivité sans cesse accrue, joue les chevaliers blancs de l’environnement ! On fustige les producteurs de porcs bretons qui déversent leurs nitrates dans les rivières, les céréaliers du bassin parisien qui abusent des engrais et pesticides ou les éleveurs qui épandent leurs fumiers sous les fenêtres des résidences secondaires. Le gros agriculteur « industriel » est jugé responsable de la « malbouffe », de la qualité qui se perd, des crises sanitaires, (vaches folles, fièvre aphteuse, grippe aviaire).

Que faire contre la désertification des campagnes

La société Française a divorcé de ses paysans, eux dépriment ! Selon un sondage réalisé au début de l’année, 88% des agriculteurs estiment que leur travail n’est pas reconnu à sa juste valeur. Quant à leur avenir, il est très flou, tout se joue désormais à la commission européenne et à l’OMC (organisation mondiale du commerce). Tout s’est mis en place voilà 60 ans après la seconde guerre mondiale, on a imposé à l’agriculture un modèle économique unique, fondé sur la mécanisation, la spécialisation et le productivisme ! Il s’agit alors de moderniser la France, dont les campagnes n’ont guère changé depuis la fin du 19ème siècle. L’objectif est l’autosuffisance alimentaire au niveau nationale. En deux décennies, l’agriculture Française passe de la pénurie et la désorganisation à des surplus dans tous les secteurs. C’est la grande époque du remembrement, les quantités d’engrais utilisés doublent tous les 10 ans. Le nombre de tracteurs est passé de 60 000 en 1946 à 1,2 millions en 1970. Le paysan devient « exploitant agricole ».

Le choc est rude quant à partir des années 80, on prend conscience des dégâts du productivisme sur l’environnement et la qualité alimentaire. En 1983, la Politique agricole commune met un premier coup de frein à la surproduction en instaurant des quotas de production laitière. En 1992, elle instaure un taux de jachère obligatoire sur chaque exploitation. Enfin en 1999, la Pac complète son objectif premier, le soutien des marchés et des prix agricoles. A l’avenir, seul les « gros » s’en sortiront, les « petits » étant amenés à disparaître.